Interview : The Babies

En novembre dernier, Martine s’est pointée au Saint des Seins, à Toulouse, pour voir sur scène The Babies, une petite formation pop New-Yorkaise délicieusement teintée de sonorités lo-fi. Ce groupe est formé d’une sorte de fusion entre Cassie Ramone, meneuse des Vivian Girls, Kevin Morby des Woods, Justin Sullivan de Bossyet et, à la basse Brian Schleyer, remplace Nathaniel Stark. Mais cette fois-ci, Martine n’est pas venue les mains dans les poches et a emporté dans son sac une petite boîte tout à fait spéciale…
La Playlist de Ross Heselton

On a demandé à Ross Heselton de choisir 5 morceaux et de nous en parler un peu. L’exercice est difficile, alors n’ayant pas la force d’en supprimer Ross en a choisi 10, tous rattachés à des souvenirs très personnels, et Martine ne peut que dire oui.
Live Report : Soirée de lancement GMT @ Cri de la mouette

C’est en ce jeudi 3 octobre que la webradio toulousaine et étudiante Good Morning Toulouse (GMT pour les intimes… et les plus ponctuels) a souhaité réunir ses futurs auditeurs pour donner le top départ de sa session 2011-2012. Et pour marquer le coup, l’équipe a choisi de nous concocter une petite soirée musicale bien dosée qui ne manquera pas de faire tanguer la traditionnelle péniche.
Entrevue avec Good Morning Toulouse

Si vous ne connaissez pas encore la web radio étudiante Good Morning Toulouse, ce soir a lieu sa soirée de lancement au Cri de la Mouette à partir de 21h. Nous sommes donc parties poser quelques questions à son président, Malo Herry.
Zoom sur : Conrad Roset

Martine est partie à la rencontre de l’illustrateur barcelonais Conrad Roset.
Toutes les filles ont déjà croisé sans le savoir son travail en arborant les rayons de l’enseigne espagnole Zara, ou en buvant un Coca, mais le travail plus personnel du jeune homme de 27ans est d’autant plus intéressant.
Interview : The Jim Jones Revue

17 mai dernier : Martine attend de pied ferme les londoniens de Jim Jones Revue devant la porte blindée du 6 rue Amélie, pour une soirée qui s’annonce sans dessus dessous. Affublés de leurs blousons de cuir et coiffés de leurs bananes à la Elvis, la clique de Jim Jones semble avoir eu un petit souci de paramétrage du convecteur temporel, et arriver tout droit des fifties… Dans une atmosphère respirant l’eau de Cologne bon marché, notre équipe se faufile dans l’exigüe coulisse de la Dynamo. Récit.
- Comment vous êtes-vous rencontrés ? Qu’est ce qui vous a motivés a faire de la musique ensemble et à monter un groupe ?
Jim Jones : La première fois que j’ai rencontré Rupert (guitariste, ndlr) il travaillait comme tourneur à East London, il s’occupait de promouvoir à Londres d’excellents musiciens de blues originaires du delta du Mississippi, des types comme Honeyboy Edwards, des musiciens fantastiques. On discutait beaucoup, et à cette époque j’avais un groupe du nom de Black Moses, et il m’a proposé de promouvoir quelques uns de nos concerts. On a commencé à se voir plus régulièrement parce qu’on travaillait ensemble, et on discutait beaucoup du rock du début des 50’s, celui que l’on n’entend plus de nos jours parce que plus personne n’en joue. En écoutant ces vieux bluesmen on se disait qu’ils avaient beaucoup plus de charisme que la plupart des groupes actuels réunis. Et quand mon groupe, Black Moses, s’est arrêté, Rupert m’a dit « Qu’est ce qu’on va faire maintenant ? » et je lui ai répondu que peut-être on devrait se lancer dans ce projet dont on avait parlé, un groupe de vieux rock’n’roll. Il connaissait un batteur, Nick Jones, et j’ai rencontré un pianiste par le biais d’un musicien de mon ancien groupe, Thee Hypnotics. On connaissait tous les deux Gavin qui était bassiste d’un autre groupe. On s’est tous retrouvés, pour voir comment ça allait sonner, et on a commencé à jouer la chanson de Little Richard, Hey Hey Hey Hey. A la fin on s’est tous regardés et on s’est dit « Ok, là on tient vraiment quelque chose. » Ca sonnait très bien. A partir de ce moment, c’était comme si on était tous à bord d’un train lancé à toute allure.
- Le son sur votre premier album est beaucoup plus agressif, plus sauvage que sur votre second opus, Burning Your House Down. Que s’est-il passé entre les deux albums ?
Jim : On a préparé notre premier album nous-mêmes, en quelques jours seulement. On était fauchés et au début on a enregistré quelques démos qui rendaient un son beaucoup trop clean. Alors on a enregistré ‘live’, mixé très fort, et assemblé le tout dans le but d’obtenir de meilleurs concerts. Ca a ensuite été diffusé sur BBC radio, on n’en revenait pas ! Pour ce premier album il s’est passé à peu près le même phénomène que lors de notre première répétition, on a juste voulu monter quelque chose et voir ce que ça donnait et c’est devenu… (mimant une explosion) fou. Ca décrit tout aussi bien ce qui s’est passé lors de l’enregistrement. Quand on a voulu faire le second album, on voulait garder l’énergie et l’excitation qu’il y avait déjà dans notre musique, mais on avait envie de faire un enregistrement qui sonnait de manière différente. Ca n’a pas d’intérêt de refaire le même album encore et encore.
Rupert Orton : On parlait avec Jon Spencer de notre premier album, et il nous disait « vous n’irez pas beaucoup plus loin avec ce disque », et en fin de compte il a raison. Cet album est tellement fort d’un point de vue sonore, tellement distordu, tellement sauvage, c’est un condensé d’énergie et d’excitation. C’est ce qu’on a voulu garder pour le deuxième album tout en enregistrant de manière complètement différente, d’où la différence de texture.
Jim : D’ailleurs, ce dont vous pouvez vous rendre compte avec Burning Your House Down, ce que si un DJ le passe dans un club ou une boîte, il pourra mettre le son à fond, ça sera toujours écoutable et les gens pourront danser dessus, tandis que si il fait la même chose avec notre premier album et qu’il met le son trop fort, ça va saturer genre « crrrrr ». Nous on adore ce son, mais on voudrait que les gens puissent danser dans les clubs en écoutant notre musique. Donc c’est une des choses dont on a également parlé en studio lors de l’enregistrement de ce deuxième album. Pour le premier, on avait réservé un studio pour deux jours, on y est allés chaque après-midi, et on s’est contenté de jouer nos morceaux jusqu’à ce qu’on se dise « ok, là c’est bon ».
Rupert : Le truc drôle à propos de cet album c’est qu’on l’a enregistré pendant l’une de nos répétitions dans une toute petite salle où il y avait un studio… On ne l’a même pas enregistré dans un vrai studio au sens formel du terme.
Jim : Donc le premier album nous a pris deux jours d’enregistrement et pour le second on l’a enregistré avec de meilleurs micros et on y a passé cinq jours. On y a prêté beaucoup plus d’attention et on a reçu l’aide de Jim Sclavunos qui a produit notre album. Il joue pour les Bad Seeds (avec Nick Cave) et Grinderman. On voulait travailler avec lui parce qu’on est très très fans du premier album de Grinderman. C’est vraiment l’opus le plus excitant qu’on ait entendu. Il a aussi joué avec les Cramps et Sonic Youth, des groupes qu’on admire beaucoup.
Ca a vraiment été parfait de travailler avec lui. Il nous a beaucoup aidés à garder ce qu’on voulait garder et aller de l’avant en même temps.
- On vous place dans la catégorie des groupes de vieux rock’n’roll à la Little Richard, mais quelles sont vos autres influences ?
Jim : A peu près tout ce qu’on a écouté en grandissant. Je pense que parmi tout ce que j’ai écouté et aimé il y a une sorte de continuité de l’énergie, qui pour moi part de Little Richard. Ca ne veut pas dire que tout le reste ne compte pas. Après c’est impossible de nommer chaque groupe… On parlait de Sonic Youth et des Bad Seeds tout à l’heure, par exemple. Ou encore The Birthday Party.
Rupert : The Birthday Party c’est très bon, un groupe très noisy… Tu les écoutes, tu fais un vrai bon en arrière. C’est une de nos influences.
Jim : Quand tu écoutes les débuts d’AC/DC avec Bon Scott au chant tu peux te rendre compte qu’il y a quelque chose de Little Richard ou de MC5, quelque chose de très rock’n’roll, très influencé par Chuck Berry. Disons que c’est le point de départ de l’énergie qu’on veut mettre dans notre musique, et pour nous c’est toujours un peu comme une renaissance. On nous dit souvent qu’on opère une sorte de retour aux sources, mais je pense que c’est plutôt une volonté de se rapprocher de Dieu, en quelques sortes. Partir à la recherche de la véritable de source de tout.

- Dans votre musique on perçoit beaucoup de férocité, presque même une sorte de violence parfois, est-ce que c’est quelque chose qui vous inspire ?
Jim : Oui, beaucoup. Mais je pense que toute l’énergie, le côté agressif de notre musique l’est dans un but uniquement positif, presque euphorisant. Ca n’est pas une énergie négative. C’est plutôt un truc qui t’élèves, qui te propulse au-dessus du sol, tu vois ? Beaucoup de groupes ont un jeu très intense mais souvent il en ressort quelque chose de plutôt négatif, de réellement violent et agressif. Pour nous ce n’est pas une question de violence mais de création, on cherche plutôt une énergie créative et positive. Si tu viens à l’un de nos concerts et que tu questionnes quelqu’un du public il te dira qu’il a ressenti quelque chose de l’ordre de l’élévation, de l’euphorie, je pense que notre musique a plutôt des effets positifs sur les gens.
- Jim, tu as joué dans deux groupes avant de fonder les Jim Jones Revue, tu peux nous en parler ?
Jim : Quand j’étais beaucoup plus jeune je jouais avec Thee Hypnotics et on a beaucoup tourné en Europe et en France, c’était une expérience avec laquelle j’ai appris à grandir et quand ça s’est arrêté mon énergie s’est également estompée. Mais j’ai recommencé à travailler avec le projet Black Moses, jusqu’à ce que je rencontre Rupert. De mon point de vue, tout ce que j’ai fait avant s’est contenté de me mener au point où j’en suis aujourd’hui, c’est un processus d’apprentissage même si je crois qu’on peut dire ça pour toute chose. Ce qu’on fait maintenant a quelque chose de véritable, d’honnête, on y met beaucoup d’énergie et on travaille très dur, et je ressens ça comme quelque chose de naturel.
- Vous avez des projets parallèles en élaboration ?
Jim : Non, tu sais, on n’a pas le temps de travailler sur d’autres projets, c’est tout juste si on a le temps de manger parfois ! (rires) Non, sérieusement, on travaille énormément, c’est un vrai boulot, ça n’est plus vraiment un hobby pour nous désormais. On essaye de ne pas trop se prendre au sérieux mais on prend notre travail très au sérieux par contre. Le rock’n’roll c’est notre vie.
- Quand vous êtes sur scène vous tenez à livrer à votre public une véritable performance live. Pourquoi y tenez-vous autant ? Est-ce que vous vous considérez comme un groupe de scène avant tout ?
Jim : On a simplement grandi en écoutant de la musique. Les MC5 ont une chanson qui s’appelle Kick Out The Jams qui dit en gros « bouge toi et fais quelque chose de ta vie ou va chier ». C’est vrai, ça n’a pas d’intérêt de faire quelque chose de médiocre. On essaye de travailler avec toute notre énergie, toutes nos capacités, et on essaye de donner le meilleur de nous-mêmes, qu’on soit crevés, qu’on ait bien ou mal dormi, qu’on ait conduit pendant 12h ou pas.
- Est-ce que vous ressentez une différence entre les publics britanniques, français et européens en général ?
Jim : Les public français est le premier à nous avoir réellement soutenus. Et puis on adore venir ici, c’est un peu notre terre d’accueil, et c’est un pays qui correspond vraiment à la musique que l’on fait, et ça paraît évident dans un sens parce que j’ai l’impression que le rock’n’roll fait partie de l’histoire et de la culture ici. Les français comprennent cette musique. Et puis, en France, quand quelque chose ne te plaît pas, les gens se mettent en grève, et si ça ne bouge toujours pas, les têtes tombent ! (rires). La France nous évoque une volonté constante d’émancipation, d’indépendance. Et c’est un peu la même chose dans le rock’n’roll, c’est ce qu’on voudrait exprimer : « je suis vivant, et laissez-moi vivre ma vie ». Et je pense que c’est à peu près la façon dont on s’imagine l’état d’esprit français.
- Quels sont vos meilleurs et vos pires souvenirs de concert ?
Jim : On n’a jamais vraiment eu de concert vraiment mauvais, disons que la pire expérience qu’on ait eu c’est cette fois où on devait ouvrir pour un assez gros festival au pays Basque (on adore y aller d’ailleurs, c’est plutôt sauvage, on aime bien ça), on a fait le soundcheck, tout était parfait, les ingés s’occupaient d’installer les projecteurs, les gens commençaient à affluer, et pendant ce temps on a fait une interview, exactement comme maintenant avec vous. Quand on a eu fini, une tempête très violente s’est abattue sur la scène, venant de la montagne. Le vent était très fort et a emporté la batterie, les amplis, à peu près tout notre matos a été littéralement noyé. Le mec qui s’occupait des lumières a été blessé, on a du faire venir une ambulance, et le concert a été annulé. Au final on avait juste fait un super soundcheck et c’était fini… Et puis ce pauvre gars…Enfin bref. Pour ce qui est du meilleur concert, je pense que c’était en tournée. On jouait à Strasbourg, et on a eu un appel de Jack White nous demandant si on était chauds pour jouer avec son groupe, The Dead Weather, à Londres… On en a parlé, on s’est dit « ouais, on veut y aller !». Alors à la fin de notre concert à Strasbourg, on s’est mis en route en pleine nuit pour rejoindre Londres et on est arrivés juste à temps pour jouer, on était complètement crevés, et ce concert avec Jack White était génial. Mais, le lendemain on devait jouer au Havre, donc on a du se lever à nouveau aux aurores, pour repartir en France, et continuer la tournée. C’était très fatiguant vu le nombre d’heures de route qu’on a du faire en si peu de temps, mais quand on est montés sur scène au Havre le public était en délire et c’est l’un des meilleurs concerts qu’on ait jamais fait, parce que même si à ce moment on était très fatigués (en français dans le texte, ndlr) les gens étaient là et nous ont redonnés toute notre énergie et on s’est surpassés. C’était fou.
- Notre webzine s’appelle Martine, du nom d’un livre pour enfants très populaire en France. Vous pourriez nous raconter un souvenir d’enfance qui vous a marqué d’une manière ou d’une autre ?
Jim : J’avais à peu près sept ou huit ans et je jouais avec des amis dans un jardin, et l’entrée avait autrefois été délimitée par un grand portail mais il avait été démonté. Par contre, je me souviens, il y avait toujours les gonds du portail et le loquet sur lequel reposait l’une des portes. On courrait avec une de mes copines, quand soudain elle a trébuché et est tombée en s’enfonçant le bout de métal pointu du loquet dans l’œil…
Mon dieu… C’est horrible !
Rupert : Ca va être difficile de raconter quoi que ce soit après ça… Je devais avoir six ou sept ans, je passais du temps chez un ami qui avait un vieux tourne-disques. J’avais déjà écouté de la musique mais cette fois-ci elle a eu un réel impact sur moi. Mon ami a mis un disque, je crois que c’était du Elvis Presley, et je ne saurais pas dire pourquoi, en regardant ce disque tourner et en écoutant ces morceaux, j’ai ressenti quelque chose de vraiment incroyable, et j’ai mis et remis le disque tout l’après-midi… C’est peut-être de là que vient ma passion pour cette musique.

